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Championnat du monde des rallyes WRC3 : Fabre-Vilmot (Saintéloc) visent un 3e succès en Argentine

Même boostée dans le championnat du monde des rallyes WRC3 par son jeune coéquipier Maxime Vilmot à bord de leur Citroën DS3-R3T engagée par le Saintéloc Junior Team, la vie de pilote de Michel Fabre n’est pas un long fleuve tranquille. D’autant que, forts de leur encourageante 8e place au Monte-Carlo, le Marseillais et le Saint-Laurentais sont allés gagner en Suède, puis au Mexique où leur succès en deux roues motrices a confirmé leur leadership au classement mondial. Un retour au volant sans faille vers les podiums après 27 ans d’absence ça a commencé par faire sourire puis ça a intrigué. Mais ce n’est pas fini, puisque le duo s’envole dans quelques heures pour Córdoba où ce sera encore objectif podium la semaine prochaine.

Déjà victorieux en Suède, et au Mexique en WRC3, où ils se sont également imposés en deux roues motrices (notre illustration) Maxime Vilmot et Michel Fabre entendre continuer sur leur lancée...

Déjà victorieux en Suède, et au Mexique en WRC3, où ils se sont également imposés en deux roues motrices (notre illustration) Maxime Vilmot et Michel Fabre entendre continuer sur leur lancée…

Que Michel Fabre et Maxime Vilmot disposent avec leur Citroën DS3-R3T – deux roues motrices, 215 chevaux – engagée par le Saintéloc Junior Team dans six des 14 manches du championnat du monde des rallyes WRC3 d’une arme affûtée ce n’est déjà pas mal, mais en plus ils s’en servent plutôt adroitement. Ils l’ont fait presque sagement au Monte-Carlo (8e), puis en passant la surmultipliée en Suède, et au Mexique où ils se sont imposés dans leur catégorie et en deux roues motrices.

Le quatuor Fabre-Vilmot-Citroën DS3-Saintéloc envoie du lourd !

Le quatuor Fabre-Vilmot-Citroën DS3-Saintéloc envoie du lourd !

Résultat, encore et toujours sous les couleurs de « Gîte du Vercors » et de « Vita Liberté-Le sport en club 100% Low-cost », voilà plus encore qu’avant leur première traversée de l’Atlantique, le duo composé de Michel le pilote  de 61 printemps et de Maxime son copilote de 25 ans, encore mieux installé en tête au classement provisoire du championnat du monde WRC3, avec plus de points en poche, à la veille du rallye d’Argentine programmé la semaine prochaine, du jeudi 21 au dimanche 24 avril.

Michel Fabre : « Je vais appeler Sébastien Chétail el loco ! »

Sébastien Chétail "M. Saintéloc" alias el loco pour son jeune pilote, Michel Fabre.

Sébastien Chétail « M. Saintéloc » alias el loco pour son jeune pilote, Michel Fabre.

Un déplacement Outre-Atlantique validé voici quelques jours, malgré un retard du déblocage du sponsoring. Une décision dont Michel Fabre, en bon chef d’entreprise, tient à remercier Sébastien Chétail le patron de Saintéloc. Car sans nerf de la guerre, le sport automobile s’apparente à une danseuse étoile sans tutu…

Et Michel de lancer : « Je vais désormais appeler Sébastien Chétail el loco – en français, le fou -, car il n’y avait que lui pour accepter de se lancer dans ce pari déjanté du championnat du monde et, surtout, de poursuivre la quête de ce Graal dans des conditions financières un peu tendues. Je suis fier de relever ce défi, et mon plus grand bonheur sera de revenir d’Argentine avec un maximum de points, pour lui et pour toute l’équipe Saintéloc ainsi que pour Maxime ». Voilà qui est dit. Il ne reste plus qu’à faire.

Deux journées de reconnaissance de 15 heures chacune…

– Michel, après le rallye de Suède, votre deuxième succès consécutif au Mexico Rally Guanajuato Corona est apparu comme une promenade de santé devant une demi-douzaine d’adversaires en deux roues motrices. Est-ce que ce fut la réalité ?
Michel Fabre : « Tout dépend ce que l’on qualifie de promenade de santé. Avant de partir au Mexique, j’avais fait une petite séance d’essais à Alès avec le talentueux jeune loup des rallyes Yohan Rossel. Entre lui et Maxime je suis en train de redevenir un minot ! J’ai eu de très bonnes sensations pendant cette séance d’entraînement, et j’avais hâte de voir Mexique, où l’on m’avait dit que le grip des routes était sensiblement le même que sur l’asphalte. Dès notre arrivée à Mexico nous avons tracé sur León, où se trouvait le centre de vie du rallye.
« Avec Maxime, nous avons retrouvé le lundi les premiers membres de l’équipe SaintéLoc déjà sur place – Manel, Vincent, Manu, William, Max et Ludo – et récupéré la voiture. Nous sommes partis sur une base d’essais située à près d’une heure. Il s’agissait d’un « circuit » de 4,5km où la moitié du plateau s’était donné rendez-vous.
« Nous avons pris des notes pour entrer en configuration course et après une bonne douzaine de boucles entrecoupées d’arrêts techniques, de réglages de suspensions, de modifications de la hauteur de caisse et différents setups. Nous étions très vite dans le dernier tour.
« Le réglage qui m’est apparu optimal conservait à la voiture une certaine agilité, une souplesse des réactions et un freinage fortement réparti sur l’avant. Puis mardi et mercredi, nous sommes partis pour les prises de notes  dans les épreuves spéciales chronométrées, à une vitesse « supersonique » compte tenu du court temps imparti pour ceux qui, comme nous, n’avaient pas de notes de base. Deux journées à rouler de 5h30 du matin jusqu’au retour au bivouac à 20h30, avec une pause casse-croûte dans l’habitacle et les avitaillements en carburant. »

Dix sept kilomètres de spéciale sans freins, l’heure de la désillusion

Quand ça patauge, Michel Fabre et Maxime Vilmot gardent espoir.

Quand ça patauge, Michel Fabre et Maxime Vilmot gardent espoir.

– Au delà de la nécessité de confirmer vos bonnes performances du début de saison avec Maxime, votre ambition était de vous imposer en deux roues motrices. Comment y êtes-vous parvenus ?
M.F. : « En y croyant très fort et en attaquant sans faire de trop grosses erreurs !
Le premier jour, le jeudi, il y avait trois chronos : une spéciale en pleine ville, et deux super spéciales. La première était très piégeuse, car ça glissait énormément et il y avait des trottoirs de partout. Elle était très courte et j’y ai roulé au rythme qui me convenait le mieux, puis j’ai haussé l’allure pour signer ensuite à deux reprises le meilleur temps des 2RM où c’était le match Citroën-Ford entre DS3 et Fiesta ; dans la troisième spéciale, nous avons même devancé à la régulière deux Mitsubishi Evo 4RM, dont celle du champion d’Amérique latine Ricardo Triviño. Dès le premier soir nous étions en tête des deux roues motrices. C’était trop beau…
« Le deuxième jour, dès la première de sept épreuves j’ai fait un tête à queue qui m’a coûté 1’30’’, et trois spéciales plus tard – le 2e passage dans El Chocolate – j’ai perdu les freins à 17km de l’arrivée soit aux deux-tiers du secteur chrono, vapor-lock et tutti m’ont fait perdre quatre minutes de plus. Je ralentissais au frein à main, c’était une horreur… L’heure était à la désillution, mais c’est la loi de la course.
« Rétrogradé en 3e position des 2RM, un bénéfique passage à l’assistance m’a ensuite permis d’attaquer au maximum jusqu’à l’arrivée de l’étape en reprenant au minimum deux secondes au kilomètre à chacun de nos rivaux. J’étais un peu emmerdé mais je gardais le moral, comme Maxime. Et nous conservions intacte notre ambition de gagner. Mais j’ai donc un peu cogité pendant la nuit… »

Salas Valdez et Médina out, gérer les 80km du juge de paix et l’ultime spéciale

Les mexicains Salas Valdez et Médina vous devançaient avec leurs Ford Fiesta, mais ils sont allés à la faute et vous non. Comment l’expliquez-vous ?
M.F. : « Peut-être parce que j’étais dans la position du chasseur… Le samedi était le jour le plus long avec neuf spéciales et 12 heures de compétition. Voyant que nous reprenions régulièrement du terrain, nos adversaires ont commencé à se mettre la pression. Le mexicain Carlos Salas Valdez, un très rapide, se sort après quelques kilomètres et il ouvre le train avant de sa Ford Fiesta. Cool, il nous fait même « coucou » lorsque nous passons. Et le soir il nous confie avoir surpiloté… Le malheur des uns profitant aux autres, nous voilà revenus 2es.
« Le dernier jour, deux spéciales seulement étaient au programme mais le plus gros morceau du rallye était servi en guise d’entrée avec les 80km de Guanajuato le « Juge paix ». Avant le départ, Miguel Médina (Ford Fiesta), qui nous devançait pourtant lui aussi de plus de deux minutes à domicile, m’a dit qu’il sentait que nous avions la possibilité de refaire notre retard si nous roulions au même rythme que la veille. Info ou intox, allez savoir… A mi-chemin il a tapé un rocher ! »

« Je suis plus à l’aise pour parler en marseillais qu’en anglais… »

Stéphane Clair directeur du circuit Paul-Ricard et Michel Fabre lors des essais Blancpain GT Series.

Stéphane Clair directeur du circuit Paul-Ricard et Michel Fabre lors des essais Blancpain GT Series.

« Notre auto était parfaite et nous avons roulé au rythme maxi au point même de repousser à plusieurs minutes le colombien Julian Jaramillo (Ford Fiesta) qui restait notre plus proche rival avant les 16km de l’ultime spéciale chronométrée Agua Zarca qui était aussi la Power stage. Leader avec une avance confortable, la question était de savoir comment gérer cette fin de parcours.
« Maxime voulait absolument que l’on fasse encore un temps scratch chez les 2RM et je voulais à tout prix rentrer sans faire de bêtise. Nous avons donc fait un mix… J’ai lâché une quinzaine de secondes, et sur la ligne d’arrivée j’étais heureux de partager en compagnie de Max et l’équipe Saintéloc tout le tralala qui va avec une belle fin de course.
« Une dernière assistance pour faire belle notre voiture, un podium  absolument magnifique à León, et une conférence de presse avec un  traducteur car je suis plus à l’aise pour m’exprimer en marseillais qu’en anglais…
« Maintenant en avant Argentina ! J’ai discuté avec Ogier et Ingrassia, ils m’ont dit que c’était un rallye extrêmement cassant… »

« J’ai apprécié l’accueil qui m’a été réservé au circuit Paul-Ricard par Sébastien, Antoine et Stéphane »

Michel Fabre et Antoine Leclerc, ex-pilote officiel GT chez Bentley et développeur de la Formua E.

Michel Fabre et Antoine Leclerc, ex-pilote officiel GT chez Bentley et développeur de la Formua E.

Michel, malgré la pression que vous subissez en tant que leader du championnat du monde, prenez-vous toujours autant de plaisir à piloter ?
M.F. : « Pour moi, le pilotage en compétition reste un pur plaisir. Mais je mentirais si je disais que je n’ai pas apprécié l’accueil qui m’a été réservé au circuit Paul-Ricard lorsque je suis allé assister aux essais Blancpain  GT Series, où j’ai notamment retrouvé Sébastien Chétail et l’équipe circuits du team Saintéloc.
« Stéphane Clair, le directeur du circuit Ricard est un gars absolument adorable et d’un très bon contact.

« J’ai même eu la chance d’échanger avec Antoine Leclerc, ex-pilote officiel Bentley en GT qui a développé la monoplace du championnat FIA de Formula E. Mais je reste réaliste et je ne me prends pas pour un autre…»

Maxime Vilmot : « Notre double succès au Mexique est très positif »

Maxime Vilmot-Michel Fabre et leur Citroën DS3-R3 avant leur deuxième succès au rallye du Mexique.

Maxime Vilmot-Michel Fabre et leur Citroën DS3-R3 avant leur deuxième succès au rallye du Mexique.

Maxime, dans le baquet du copilote, quel souvenir gardez-vous de ce rallye du Mexique ?
Maxime Vilmot : « Notre double succès au Mexique en WRC3 et en deux roues motrices est très positif. Après la première séance de roulage, Michel a accompli une très importante progression sur la terre ; pourtant les reconnaissances avaient été assez compliquées avec des portions étroites et piégeuses. C’est pourquoi nous sommes partis sur un rythme élevé mais maîtrisé jusqu’à aller chercher la victoire en 2RM.
« Je remarque que, sur la totalité du parcours, nous avons régulièrement amélioré nos partiels et nos temps intermédiaires. Nous avons fait deux ou trois figures sur des compressions, ça prouve qu’il faut rester concentré pour déjouer les pièges que sont les trous et les pierre, mais on n’a pas crevé une seule fois, cela signifie  que nous avons été plutôt intelligents. Heureusement qu’il y a des moment comme cela car ils sont le fruit d’un sérieux travail d’équipe chez Saintéloc, et je suis persuadé qu’il y en aura de plus en plus.
« C’était le premier rallye terre de Michel, et ses performances d’endurance sur les longues spéciales sont honorables lorsqu’on les compare à celles des jeunes pilotes. »

« Je ne veux pas que Michel se repose sur ses lauriers »

Avant de vous envoler pour l’Argentine et Córdoba, comment vous sentez-vous et quels sont vos espoirs ?
M.V. : « Notre petite voiture sera plus pénalisée que les WRC avec leurs moteurs très puissants et leurs quatre roues motrices, car le terrain est plus soft qu’au Mexique ; ça va creuser, il y aura un maximum de pierres et il faudra faire très attention. Je ne suis pas inquiet sur la capacité d’adaptation de Michel et je ne ressens aucune pression. Je me sens plutôt heureux, mais je ne veux pas que Michel se repose sur ses lauriers.
« Il nous faut continuer à travailler le rythme et les notes, ce n’est pas évident quand on a des habitudes bien ancrées.
« En championnat du monde, pendant les reconnaissances il n’y a que deux passages à la vitesse de la circulation traditionnelle et au ralenti dans les villages… La difficulté en course c’est de le faire quatre ou cinq fois fois plus vite alors que l’on n’est pourtant pas sur un circuit. C’est comme faire Aix-en-Provence – Sisteron par les plus petites routes, c’est long et c’est chaud… »

Tout est dans le détail de la Citroën DS3 pour se refaire une beauté à l'assistance avant le podium.

Tout est dans le détail de la Citroën DS3 pour se refaire une beauté à l’assistance avant le podium.

« On peut s’amuser et être performants dans le championnat du monde ! »

« Si nous réussissions en Argentine un sans faute et si tout se passait bien, nous prendrions alors une sérieuse option pour l’avenir. Mais pour penser sérieusement au championnat il faudra attendre la Chine…
« Notre objectif : faire de bons temps, ne pas crever, être malins, remporter des spéciales, et terminer dans le top dix au scratch ne serait pas mal. J’y crois, parce jusqu’à présent le niveau de pilotage de Michel ne cesse de progresser.
« Nous commençons même à avoir nos petites habitudes, entre chewing-gum et engueulades à la fin des spéciales, et quand tout va bien on chipote encore. Comme quoi on peut s’amuser et être performants dans le championnat du monde des rallyes ! »

Rappelons qu’outre ses qualités lorsqu’il est assis dans le baquet du coéquipier, Maxime Vilmot est capable d’être votre copilote virtuel pour la préparation de tout rallye, grâce à Race4you. Et que les partenaires titres du tandem Fabre-Vilmot sont Gîte du Vercors à Lente-Bouvante ainsi que Vita Liberté le sport en club, 100% Low-Cost.

Lire aussi : 16-17 avril : Sunday Ride Classic au circuit Paul-Ricard.

Charles-Bernard ADREANI
Photos : @World, M. Fabre-M. Vilmot, CBA

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